Tant pis pour l’amour (Sophie Lambda)

Éditions Delcourt, 304 pages, septembre 2019

Quatrième de couverture

Quand Sophie rencontre Marcus, elle tombe amoureuse en 48 heures. Elle qui doutait de tout, y compris de l’amour, cette fois, elle y croit. Mais rapidement, Marcus se révèle étrange. Sophie commence alors à douter de lui et a besoin de comprendre ce qui ne va pas. Elle ose le confronter à ses mensonges et ses incohérences. Ce dernier a des réactions irrationnelles hallucinantes, trouve des excuses pour tout et parvient à se sortir de chaque impasse. Mais qui est cet homm6+e ? Sophie se retrouve entraînée dans une spirale infernale et doit apprendre à se reconstruire seule.

Mon avis

Connaissez-vous Tant pis pour l’amour ? Il s’agit d’une bande dessinée de Sophie Lambda, dans laquelle elle se livre pour nous raconter son expérience avec un manipulateur, duquel elle est tombée amoureuse et avec lequel elle a partagé sa vie.

Sophie, illustratrice originaire de Franche-Comté, monte à Paris pour des raisons professionnelles, et se retrouve à une soirée. Parmi les invités, Marcus, un acteur un peu connu. Ils échangent quelques mots, puis se quittent, et la jeune femme regagne sa province. Ils se recroisent finalement un an plus tard. Là, il lui demande son numéro, puis lui avoue qu’il a pensé à elle, lui propose de se revoir… et tout s’enchaîne très vite. Ils tombent follement amoureux, partagent des moments magiques, ne peuvent plus vivre l’un sans l’autre, et Sophie déménage pour la capitale. Peu à peu, les choses commencent à se passer de plus en plus mal : mensonges, crises de jalousie, déformation de la réalité, insultes… Les faits sont là : Marcus est un manipulateur, et Sophie, sa victime.

Sophie est très émouvante. En découvrant son vécu, on rêve au prince charmant, tout comme elle, avant de s’apercevoir qu’il est un ogre qui va dévorer son âme. D’une jeune femme épanouie, souriante et heureuse, elle devient une personne triste, effrayée, et va jusqu’à douter de sa santé mentale. Il faut dire qu’elle est hypersensible, ce qui fait d’elle une proie encore plus alléchante. Aux côtés de Sophie, Chocolat, son ours en peluche, qui va commenter l’histoire de notre héroïne et qui jouera le rôle de son subconscient, l’alertant sur ce qu’il considère comme une menace, mettant les warnings lorsqu’il voit des dangers. Ce nounours, c’est aussi la légèreté dont ce récit avait besoin : clope au bec et toujours prêt à lever le coude, c’est un dur à cuire qui n’a pas sa langue dans sa poche et n’hésite pas à la bousculer avec un vocabulaire assez fleuri, et il manie l’ironie tel un véritable sniper.  

Les dessins sont surtout en noir et blanc… et rouge. Rouge, la couleur de l’amour, mais également celle de la colère. Sont ainsi mis en avant ces sentiments très forts, et leurs différentes déclinaisons. Les visages sont très expressifs, ce qui rend la lecture encore plus profonde : comment rester insensible face aux sourires intenses des deux amoureux, aux traits de Sophie déformés par le manque de sommeil, ou à la figure de Marcus en furie ?

Dans le dernier tiers du roman graphique, l’auteure nous livre une sorte de manuel pour expliquer comment reconnaître un manipulateur, quels sont les trois stades typiques d’une relation avec ce type de personnalités, les représailles auxquelles il faut s’attendre après la rupture, et comment faire pour couper tout contact. Si tout cela était intéressant, j’ai trouvé cette partie un peu trop longue.

Cette bande dessinée est très importante pour l’expérience qu’elle rapporte, et peut-être permettra-t-elle à certaines personnes, qui sont dans une situation semblable, d’en prendre conscience ou de s’en extraire. Rien que pour cela, et même si elle ne m’a pas emballée de bout en bout, elle mérite de croiser la route de chacun !

Une bonne lecture !

Le Jardin, Paris (Gaëlle Geniller)

Éditions Delcourt, 224 pages, janvier 2021

Quatrième de couverture

« J’aime vous voir danser. Et pas seulement parce que vous êtes doué. Vous êtes capable d’emporter avec vous des tornades de bons sentiments. Les gens vous aimeront pour ça. Alors, je vous en prie… dansez ! »

Mon avis

Connaissez-vous Le Jardin, Paris, cette bande dessinée mettant en scène un cabaret parisien au début du XXe siècle ? Le scénario et les dessins de Gaëlle Geniller vont vous embarquer dans cet univers de danse et de représentations. Êtes-vous prêts à remonter le temps pour vous plonger dans l’entre-deux-guerres ?

En 1920, Rose, dix-neuf ans, est le seul garçon de l’établissement. Fils de la propriétaire des lieux, il a été élevé avec bienveillance et amour, entouré des Fleurs – surnom donné aux danseuses du cabaret. En effet, elles se prénomment par exemple Marguerite, Jasmin, Muguet ou encore Violette. À leurs côtés, le jeune homme a appris à se mouvoir sur scène, et nous allons assister à sa première représentation. Il ne tarde pas à attirer l’attention d’Aimé, un fidèle client qui sera là pour chacun des spectacles de Rose, et qui fera preuve d’audace pour oser s’approcher de cet homme qui s’habille en femme. C’est leur rencontre, leurs échanges, mais aussi les premiers pas de Rose au Jardin et les histoires de vie des différentes fleurs que l’auteure va nous conter.

J’attendais beaucoup de cet ouvrage, donc j’avais pu lire des avis très élogieux. Peut-être avais-je placé la barre trop haut, car je l’ai refermé quelque peu déçu. Tout d’abord, l’intrigue ne m’a pas paru particulièrement originale, voire fade, puisque finalement, au long de ces plus de deux cents pages, il ne se passe pas grand-chose. Certes, les personnages sont plutôt attendrissants, et j’ai beaucoup apprécié cet esprit de famille qui semble régner dans le cabaret. Rose, que les filles surnomment leur « bourgeon », est au centre de l’attention et reçoit beaucoup d’amour de ces femmes. Par ailleurs, j’ai trouvé chouette que l’histoire soit dans la retenue. Ici, pas de grands élans passionnés ni de questionnement sur le genre : tout est paisible, naturel et coule de source. Rose met des robes et se maquille ? Très bien, et alors !? Mais si cette acceptation est agréable, elle paraît quelque peu en décalage avec la société de l’époque.

D’un point de vue graphique, le traitement des couleurs est intéressant : en majorité dans les tons rouges tant qu’ils sont au cabaret, et dans des nuances diverses lorsque l’on quitte les lieux. Rouge, symbole de l’amour, de la passion… Ce qui est assez représentatif des relations que les filles et Rose entretiennent, mais aussi de l’importance de la danse dans leur vie. Au niveau du coup de crayon, les dessins sont très réussis et retranscrivent à merveille les émotions des personnages.

Malheureusement, pour ma part, Le Jardin, Paris fut un rendez-vous manqué. Ce sont des choses qui arrivent parfois, surtout lorsque l’on attend beaucoup d’une lecture. Mais ne vous arrêtez pas à mon avis, et n’hésitez pas à consulter des chroniques plus élogieuses, qui sont légion, ou à vous faire votre propre opinion.

Une lecture moyenne…

La Fille dans l’écran (Manon Desveaux & Lou Lubie)

Éditions Marabout, 192 pages, janvier 2019

Quatrième de couverture

Coline vit en France et rêve de devenir illustratrice. Ses recherches d’inspiration la conduisent à contacter Marley, une photographe installée à Montréal. De son côté, Marley a abandonné sa passion pour la photo pour se laisser porter par une vie sociale trépidante : un job alimentaire, un amoureux québécois… Les deux jeunes femmes que tout oppose vont tisser sur internet un lien plus fort que la distance et le décalage horaire, qui va grandir de façon troublante jusqu’à la rencontre…

Mon avis

Connaissez-vous La Fille dans l’écran ? Il s’agit d’une BD à quatre mains mettant en scène deux personnages : Coline, dessinée par Manon Desveaux, et Marley, née du coup de crayon de Lou Lubie. Grâce à un procédé pour le moins original, nous allons découvrir leurs vies, qui finiront peut-être par se croiser…

Coline, vingt ans, vit chez ses grands-parents à Périgueux. En proie à des crises d’angoisse, elle a abandonné ses études, puis est partie se réfugier à la campagne, à l’abri du monde. Sa bulle d’air se trouve dans le dessin, et son rêve serait d’être publiée. Pour avancer dans son nouveau projet mettant en scène des animaux, elle recherche des images sur Internet, et demande à une photographe, dont elle est tombée sur le site par hasard, si elle peut s’inspirer de ses clichés. De l’autre côté de l’écran, Marley, vingt-sept ans, vit au Québec avec son chum. Si elle prend encore quelques photos, elle a abandonné sa passion au profit d’un job alimentaire. D’échanges tout d’abord professionnels, elles ne tardent pas à développer une sincère amitié, puis envisagent de se rencontrer.

J’ai beaucoup aimé ces deux personnages. Coline m’a particulièrement touchée. Peu sûre d’elle, en proie à ses démons, son mal-être est facilement perceptible. Grâce à ses conversations avec Marley, elle va peu à peu s’ouvrir. D’ailleurs, les pages mettant en scène Coline sont en noir et blanc, ce qui apporte une certaine mélancolie. Marley est un personnage plus solaire, à l’image de ses cheveux blonds et des dessins en couleur. Elle mène une existence à cent à l’heure très speede, en ville, et se rend compte, petit à petit, qu’elle est peut-être passée à côté de son rêve. J’ai beaucoup aimé la façon dont l’une prend du recul face à sa vie, alors que l’autre apprend à foncer. Très complémentaires, chacune permet à son amie de donner le meilleur d’elle-même et l’encourage à concrétiser ses projets.

Au niveau visuel, l’œuvre est également très intéressante. Outre des choix particuliers au niveau de la colorisation, la mise en page est aussi très précise. En effet, toutes les planches de gauche illustrent l’histoire de Coline, alors que celle de droites relate le quotidien de Marley. Tel un miroir, nous découvrons ce qu’elles vivent simultanément, bien qu’un océan les sépare. De plus, leurs échanges de messages occupent une place importante, et en les lisant, nous avons la délicieuse impression de faire partie de leur aventure, ou tout du moins d’y assister de loin.

Si je devais résumer cette lecture en un mot, ce serait « touchante ». Certes, l’histoire n’est pas exceptionnelle d’originalité, mais on la déguste et elle réchauffe le cœur, bien que certains passages soient un peu plus tristes.

Une très bonne lecture !

Alice, 15 ans, résistante (Sophie Carquain) 

Albin Michel, 384 pages, septembre 2022

Quatrième de couverture

En septembre 1939, quand la guerre éclate, Alice a 15 ans et des rêves plein la tête. Elle se confie dans son journal, écrit des lettres à sa grand-mère, au garçon qu’elle aime en secret, à sa meilleure amie de confession juive. Elle aimerait qu’Hitler disparaisse. Plus tard, face à l’occupant allemand, Alice ressent le besoin d’agir : avec ses parents, elle brave un à un les interdits, distribuant des tracts, hébergeant des aviateurs alliés… Mais un jour, tous les trois sont arrêtés. Alice est déportée au camp de Ravensbrück, où commence pour elle une nouvelle forme de résistance.

Mon avis

Connaissez-vous Alice, 15 ans, résistante ? Dans ce roman qui s’ouvre au début de la Seconde Guerre mondiale, Alice est lycéenne. Jeune fille pleine de convictions, après avoir vécu l’exil, elle ne tarde pas à s’engager dans la Résistance, en distribuant des tracts avec ses parents, mais aussi en hébergeant des alliés, ainsi que Colette, sa meilleure amie de confession juive. Mais un jour, ils sont arrêtés, et Alice et sa mère sont déportées à Ravensbrück. Plongés dans son quotidien, nous allons découvrir à travers elle l’horreur des camps de la mort…

Dans cet ouvrage, nous faisons la connaissance d’Alice, qui, d’étudiante ordinaire, va prendre la courageuse décision de devenir résistante pour lutter contre l’ennemi. Rédigée à la première personne du singulier, la narration a un réel poids, car nous sommes au fait de chaque sentiment de notre héroïne à l’instant T. Ainsi, nous partageons ses craintes, ses peurs et ses espoirs. De plus, le texte est agrémenté de lettres, de notes et de réflexions, ce qui donne plus de force à l’histoire.

Alors que la première partie laisse penser que la vie est encore possible malgré la guerre et que l’espérance a toujours sa raison d’être, comme quand Alice songe au garçon dont elle est amoureuse, qu’elle part en exil chez ses grands-parents, ou qu’elle distribue des tracts, ce qui donne parfois lieu à des situations prêtant à sourire, la seconde partie du roman est beaucoup plus sombre. Le froid, la faim, les maladies, le travail forcé, les conditions inhumaines, la mort rôdant à chaque coin de Block sont le lot quotidien des prisonnières… Certains passages sont glaçants, et nous ne pouvons qu’être choqués par tout ce que ces pauvres femmes endurent… D’autant plus que l’on sait que tout cela a réellement existé.

J’ai été très touchée par les protagonistes. Tout d’abord par Alice, bien sûr, qui nous livre son histoire, mais aussi par Colette, sa meilleure amie, que la guerre a séparée de sa famille, par la mère d’Alice, dont l’expérience dans les camps va être abominable, ou par Louis, le petit frère de notre héroïne… En fait, même les personnages secondaires m’ont bouleversée. Car bien que les conditions de vie à Ravensbrück soient si terribles qu’elles visent à annihiler l’être humain, les déportées gardent de belles valeurs, comme l’amitié, l’entraide… Cette profonde humanité dans un tel lieu est l’un des points qui m’a le plus émue.

Estampillé livre jeunesse, je trouve que ce roman mériterait d’être lu par le plus grand nombre. Il fait partie de ces textes qui marquent, qui comptent, qui sont nécessaires pour éviter que le pire ne se reproduise.

Une très bonne lecture !

Les Thés meurtriers d’Oxford #1 (H.Y. Hanna)

City Éditions, 304 pages, mai 2022

Quatrième de couverture

Pour réaliser son rêve d’ouvrir un salon de thé dans un petit village des Cotswolds, Gemma décide de quitter un job bien payé mais trop monotone. Toutes ses économies passent dans sa nouvelle affaire et, sacrifice suprême, elle doit même retourner vivre chez ses parents. Mais c’est pour la bonne cause. La preuve : ses affaires démarrent très bien. Jusqu’au jour où elle découvre le corps d’un touriste dans son salon de thé ! L’homme a été assassiné, étouffé avec l’un des succulents scones de Gemma. De là à penser que ses pâtisseries sont mortelles, il n’y a qu’un pas. Son salon risque bel et bien de faire faillite. Gemma n’a pas le choix et doit mettre la main à la pâte. Aux côtés du charmant inspecteur Devlin et d’une brochette de vieilles commères du village, elle se lance tête baissée sur les traces du coupable. Mais parviendra-t-elle à résoudre ce mystère avant que les choses ne tournent encore plus au vinaigre ?

Mon avis

Connaissez-vous le Little Stables Tearoom, un salon de thé d’un petit village des Cotswolds tenu par Gemma et Cassie ? C’est là qu’un voyageur américain e pour le moins désagréable… et être retrouvé assassiné, étouffé par un scone. Or, Gemma vend de telles pâtisseries, et cela promet d’être une très mauvaise publicité pour son entreprise. En parallèle de l’inspecteur Devlin, elle se résout donc, elle aussi, à mener l’enquête.

Nous sommes ici en présence d’un cosy mystery traditionnel, autrement dit un ouvrage où un homicide est commis dans un petit village anglais, pour lequel un détective amateur va investiguer, et qui donnera lieu à des passages amusants.

Dans ce premier tome des Thés meurtriers d’Oxford, Gemma, une trentenaire revenant d’Australie après y avoir vécu huit années, décide d’ouvrir son entreprise avec son amie d’enfance. Mais pour cela, elle devra opérer quelques sacrifices, comme retourner habiter chez ses parents. Or, sa mère est pour le moins envahissante et semble vouloir régenter sa vie. Et si Gemma essaie de voir les choses du côté positif, la présence d’un cadavre dans la cour de son salon de thé, assortie au retour de son premier amour qui est désormais inspecteur… cela fait beaucoup ! Pour la conception de ce roman, prenez une bonne enquête qui vous emmènera jusque dans les couloirs de la célèbre université d’Oxford, ajoutez-y une poignée de rebondissements, une pincée de situations cocasses, et quatre dames d’un certain âge qui espèrent elles aussi résoudre le mystère.

J’ai beaucoup apprécié les personnages mis en scène. Gemma, bien évidemment, mais également Cassie, qui a un caractère bien trempé ; Fletcher, le chef pâtissier qui travaille à leurs côtés et qui semble quelque peu différent de ses comparses ; Devlin, qui se demande pourquoi Gemma est parfois si agressive… Même la mère de Gemma m’a amusée, à vouloir l’aider à trouver le fiancé idéal, à ne pas comprendre ce que sa fille fabrique en servant des pâtisseries, ou à rencontrer quelques difficultés avec les nouvelles technologies. Et je n’oublie pas Muesli, une boule de poils qui s’invite dans le scénario, directement inspirée du chat de l’auteure.

L’intrigue est rondement menée, et j’étais loin d’avoir deviné l’identité du criminel… Je dois reconnaître que j’éprouve un certain plaisir à me faire balader lorsque je lis un roman policier. J’aime échafauder plusieurs théories pour que la résolution de l’enquête soit tout autre – à condition que son dénouement ne soit pas farfelu, bien évidemment.

Le seul petit bémol que j’aurais à signaler concerne la traduction. Quelques coquilles se sont glissées dans le récit, qui souffre, par ailleurs, de nombreuses répétitions. Dommage… Cela ne m’empêchera aucunement de découvrir la suite, mais sans ces détails, ma lecture n’en aurait été que plus savoureuse.

Une bonne lecture !

Tree Frogs

Tree Frogs, Corbert Gauthier, round, 56×66 cm

Voici mon diamond painting réalisé au cours des congés estivaux, en un peu moins de deux semaines.

Achetée chez Diamond Art Club, il s’agit d’une toile de 56×66 cm, composée de diamants ronds. Il y a ici 54 nuances, donc quatre AB (les AB, pour aurora borealis, ou « aurore boréale » en français, sont des diamants dont les facettes ont davantage de reflets, qui fluctuent selon la lumière ou l’axe depuis lequel on regarde la toile). Elle comporte un total de 46 765 diamants.

J’ai pris beaucoup de plaisir à la faire. Il n’y a pas de confettis, mais on change assez souvent de couleurs pour que ce ne soit pas lassant. De plus, je trouve ces petites grenouilles vraiment mignonnes, et les teintes très belles !

Tant que nous sommes vivants (Anne-Laure Bondoux)

Éditions Gallimard, 304 pages, septembre 2014

Quatrième de couverture

Bo et Hama travaillent dans la même usine. Elle est ouvrière de jour, lui, forgeron la nuit. Dès le premier regard, ils tombent follement amoureux. Un matin, une catastrophe survient, et ils doivent fuir la ville dévastée. Commence alors pour eux un fabuleux périple à travers des territoires inconnus… Mais quand l’ombre a pris la place de la lumière, l’amour suffit-il à nous garder vivants ?

Mon avis

Connaissez-vous Hama et Bo, les deux amoureux de l’usine nés sous la plume d’Anne-Laure Bondoux ? Jusqu’à il y a peu, j’ignorais tout de leur existence. C’est avec plaisir que j’ai plongé dans cet univers et les ai découverts, que j’ai été témoin de leur passion et des difficultés auxquelles ils se heurtent, et je voudrais vraiment vous donner envie de les rencontrer…

Dans un monde plutôt sombre, où la misère est le lot quotidien de la plupart des habitants, Hama et Bo sont deux ouvriers travaillant en décalé dans une usine. Ils ne se croisent que quand ils prennent la relève l’un de l’autre, et passent leurs dimanches ensemble. Ils sont fous amoureux, et tout pourrait être presque parfait… Mais une catastrophe se produit, et de couple apprécié par tous, ils deviennent des amants maudits, contraints à l’exil. Pourtant, eux aussi sont très marqués par cette catastrophe, et leur existence en est bouleversée à tout jamais. Ensemble, ils traverseront de nombreuses épreuves, et c’est leur histoire que nous allons suivre, ainsi que celle de leur enfant, avec une question qui reviendra tel un leitmotiv tout au long du récit : « Tu crois qu’il faut toujours perdre une partie de soi pour que la vie continue ? »

Nous sommes ici en présence d’un conte plutôt sombre. Avant de se lancer dans l’histoire, sachez qu’il est nécessaire d’accepter de ne pas forcément tout comprendre pour l’apprécier pleinement. L’auteure ne donne pas de repères spatiotemporels auxquels le lecteur pourrait se raccrocher, et il faut bien reconnaître qu’une atmosphère particulière se dégage de ce roman. La dualité y est omniprésente, telles les deux faces d’une même pièce, à l’instar des titres de chapitres ,qui mettent tous en avant deux notions contraires : « Le bruit et le silence », « L’ordre et le désordre » ou encore « Le visible et l’invisible », à l’image de Hama et Bo, qui se complètent autant qu’ils s’opposent. La quête de soi, de l’autre, et plus largement et d’une communauté à laquelle se rattacher, sont des thèmes développés parmi une foultitude, car il s’agit là d’un roman très riche.

L’auteure a fait un choix assez particulier dans la structure narrative de son œuvre. L’ouvrage est divisé en quatre parties, et la première est relatée à travers les yeux des habitants de la ville où vivent Hama et Bo. Ainsi, nous avons la sensation d’appartenir à ce « nous », à la foule qui assiste à leur histoire, et ce choix peu commun donne l’impression que chacun des résidants vient y ajouter son grain de sel. J’ai beaucoup aimé – et si l’ensemble du livre est très intéressant, je dois reconnaître que j’ai eu une préférence pour la grosse première centaine de pages. Ensuite, c’est leur fille qui prend la parole pour nous relater leur exil a posteriori, avant que nous ne la découvrions.

Le tout est porté par une plume très poétique et très visuelle, qui, une fois cette lecture terminée, nous donne le sentiment d’avoir, nous aussi, un peu vécu tout cela. Toutefois, le roman est estampillé « jeunesse » ; je dois avouer que je trouve cela peu probant, et malheureusement réducteur.

Une bonne lecture !

Connaissez-vous le diamond painting ?

Il s’agit d’un loisir créatif, qui permet de créer de jolis tableaux en collant des pierres de différentes couleurs sur une toile adhésive, en respectant un diagramme.

Il existe plusieurs types de toiles et de diverses qualités : diamants ronds ou carrés, pose serrée ou plus espacée, colle coulée ou double face, utilisation ou non du multiplaceur… Pour savoir ce qui vous correspond le mieux, le plus simple est d’essayer.

Voici quelques trucs et astuces :

– Je travaille ma toile en délimitant de petits carrés avec du washi tape.
– Pour ma part, je n’aime pas trop avoir recours au multiplaceur, que je trouve moins précis.
– Plutôt que la cire fournie dans les kits, j’ai eu une révélation il y a peu : la Glue Dost. Je mets deux petites boules à l’embout de mon stylet, et c’est parti pour des heures et des heures de diamond painting !
– J’utilise la pince pour poser les diamants carrés en quadrillage, un sur deux, puis, à l’aide du stylet, je bouche les trous. Cela évite les écarts.
– Ma tablette lumineuse m’est devenue indispensable. Elle  me permet d’être bien plus minutieuse.

Il existe de nombreuses boutiques qui vendent des diamond paintings. Pour ma part, j’adore m’approvisionner chez Diamond Art Club. Les toiles sont toujours d’une qualité incroyable, aucun risque de manquement au niveau des diamants, qui sont très brillants, et en plus, les artistes sont rémunérés.

Voici une toile réalisée il y a quelques mois. Au fur et à mesure que j’en ferai d’autres, je les posterai sur le blog.

The Oracle, Amy Brown, square, 56x71cm

Le Baron (Jean-Luc Masbou)

Éditions Delcourt, 72 pages, octobre 2022

Quatrième de couverture

Le Baron de Münchhausen est sans doute le plus incroyable vantard qui ait jamais vécu ! Pas étonnant, dès lors, qu’à force de racontars, quelqu’un ait décidé, à l’insu du baron, de coucher ses exploits sur papier. Quelques années plus tard, l’ouvrage tombe entre ses mains alors qu’il en ignorait l’existence. Un livre dans lequel il est, certes, ridiculisé, mais aussi le fabuleux héros de ses propres récits. Comment croyez-vous donc qu’il accueillit la chose ?

Mon avis

Connaissez-vous le baron Hieronymus de Münchhausen ? Cet homme ayant vécu au XVIIIe siècle, qui fut mercenaire, puis capitaine de cavalerie pour l’armée russe, est une figure de la littérature allemande, célèbre pour ses prétendues mésaventures.

Dans Le Baron, Jean-Luc Masbou s’intéresse à ce personnage historique, de retour dans son Allemagne natale après une longue carrière de militaire. Lorsqu’un colporteur arrive en ville, ce dernier présente aux villageois un livre relatant les extraordinaires pérégrinations du baron. En effet, il serait par exemple allé sur la Lune en grimpant sur un pois de Turquie, aurait chevauché des boulets de canon, ou se serait sauvé de la noyade en se soulevant lui-même par les cheveux. Les habitants n’ont désormais qu’une idée en tête : montrer cet ouvrage au baron, et le convier à l’auberge pour qu’il vienne y raconter ses exploits et faire la connaissance du colporteur.

J’ai beaucoup aimé Hieronymus, qui, loin d’être un mythomane compulsif, est bien davantage un grand enfant qui refuse de cesser de rêver. Cet homme, qui fait ses premiers pas dans la vieillesse, est profondément sympathique et attachant. À travers ce conte, il prône la primauté de l’imaginaire face à certains individus bassement matérialistes. Il est conscient que son auditoire ne croit pas à toutes ses fariboles, mais qu’importe ? Ce qui est essentiel, c’est le plaisir que tous en retirent. Les autres protagonistes ne sont pas en reste, puisqu’un soin particulier a été porté à chacun, tout comme à l’univers dans lequel ils évoluent. Jean-Luc Masbou parvient à un fin équilibre, parsemant son œuvre de touches d’humour et de passages plus sombres. Par exemple, il est impossible de se retenir de sourire en découvrant la cuisinière du baron, mais aussi de ne pas être émus face à la nostalgie de notre ancien capitaine, qui s’aperçoit qu’il ne vivra bientôt plus qu’à travers son alter ego de papier.

Les dessins très colorés illustrent à merveille l’époque ainsi que le récit, et la multiplicité des styles graphiques apporte de l’originalité à l’ensemble. La vie du héros est parsemée de réminiscences de ses aventures passées, et pour chaque péripétie relatée par notre personnage principal, Jean-Luc Masbou a une façon de croquer particulière. Il a ainsi notamment recours à la sanguine, prend modèle sur les contes russes, ou dessine en imitant aux gravures du XVIIIe siècle, ce qui est un véritable régal pour nos yeux.

Après avoir découvert cette bande dessinée, j’ai très envie de me plonger dans le récit de Rudolf Erich Raspe, auteur de l’œuvre originale, auquel le baron de Münchhausen (le vrai !) a confié ses histoires rocambolesques.

Une très bonne lecture !